FICHE ARTISTIQUE

Le paysage par le conte

Le paysage est un objet d’étude, mais aussi un lieu d’inspiration pour l’imaginaire. Il donne à voir une portion du monde, mais il déclenche aussi des sensations et des émotions invisibles qui deviennent le sujet de récits de territoire.

Une tradition de légendes pour transmettre la mémoire des paysages 

Les paysages du Pays Voironnais inspirent les légendes et les croyances populaires.

Le lac de Paladru a inspiré de nombreux récits au 19siècle dont la célèbre “légende de la Dame Blanche” publiée par Louise Drevet dans Les légendes du Lac de Paladru en 1895. Elle raconte l’histoire de la comtesse Blanche, suzeraine d’Ars, qui essaye de libérer son village de l’autorité de l’empereur Barberousse et du monastère chartreux de la Sylve Bénite tout proche. Elle se rend en Allemagne pour rencontrer et convaincre l’empereur, et elle réussit à obtenir la liberté pour les habitants d’Ars. En contrepartie, elle est contrainte d’épouser le neveu de Barberousse bien qu’elle soit amoureuse d’un jeune paysan. À son retour, elle découvre que son village a été détruit. Elle décide alors de fuir avec son amant ; ils disparaitront tous deux sur le lac.

 

Transmis oralement par les riverains à travers le temps, ces récits se nourrissent de faits réels et cherchent parfois à expliquer des évènements alors incompris. On sait aujourd’hui grâce à l’archéologie que la disparition de plusieurs habitats au bord du lac vers 1040 a été causée par les variations du niveau de l’eau. Sans cette connaissance, les hommes ont transmis la mémoire de ces villages engloutis en comblant les incertitudes par leur imaginaire, leur foi ou encore leur superstition.

 

 

Il était une fois … un nouveau récit de territoire

Les paysages du Pays Voironnais sont encore aujourd’hui des sujets de création. Voisin de la légende, le conte propose un récit qui s’inspire du réel et l’enrichit de personnages merveilleux ou d’aventures fantastiques. Il se transmet d’abord par l’expression orale.

 

En 2020, Laurence Pinzetta et Sandrine Stablo créent des contes-histoires pour raconter le territoire comme une rencontre entre Histoire et imaginaire. Ils inspirent à leur tour des images, des lignes et des couleurs à Isabelle Raquin, qui exprime son regard en dessin.

 

 

Découvrez quelques extraits ...

 

 

Les veilleurs du lac de Paladru

lieu : Bilieu (plan du parcours à venir)

d'après Laurence Pinzetta et Sandrine Stablo

Il n’y a pas de hasard. Souvent l’histoire rencontre l’imaginaire. En ces lieux d’origine bien lointaine, le paysage se raconte et nous fait prendre conscience du lieu où nous vivons. Notre regard embrasse les eaux du lac jusqu’au flanc des moraines pour découvrir au loin les montagnes tant aimées.

Depuis les hauteurs du lac de Paladru, nous plongeons dans le paysage comme dans un livre de géographie. Montagnes, collines, vallées, morainescluses et blocs erratiques découvrent leurs charmes à nos yeux et nous sommes saisis par la puissance et la douceur des lieux. Mais c’est en cheminant sur les sentiers, c’est en prenant le temps d’écouter que nous entendrons peut-être le vent nous parler de la nymphe qui habite ici.

Au printemps de la Terre, en suivant le torrent, elle est descendue des montagnes où elle vivait pour s’installer sur les berges du lac qu’elle a aimé au premier regard. Au fil des millénaires qui passaient, elle accueillait ici mousses, lichens et fougères ; libellules, poissons et chevreuils qui trouvaient refuge au creux de ses bras protecteurs. Puis les hommes sont arrivés, et la nymphe, surprise, a posé sur eux un regard curieux …

Les veilleurs du lac de Paladru (extrait à écouter les yeux fermés)

Sur les chemins de la Silve

lieu : Le Pin, Les Villages du lac de Paladru (plan du parcours à venir)

d’après Laurence Pinzetta et Sandrine Stablo

Depuis le XIIIème siècle à l’orée de la forêt, sur des terres qui appartenaient à deux seigneurs locaux, les Clermont et les Virieu, s’installe un groupe de moines, issu du monastère de la Grande Chartreuse. C’est là, qu’en 1116 se construit le monastère de la Silve Bénite, et autour de ces murs c’est là aussi que se construit une histoire avec la terre, les hommes et le divin.

En cette fin du XVIIIème siècle, le monastère de la Silve bénite domine de sa puissance les vallons et les collines qui s’épanouissent à ses pieds. La façade impressionnante de sa grange dîmière impose le respect à ceux qui viennent y payer l’impôt. Les chartreux qui vivent là, solitaires et silencieux, sont entourés de mystères…Pourtant, ce matin-là, Antoine s’est précité pour accompagner son père quand il vient livrer le grain qu’il doit aux moines.

L’enfant d’à peine huit ans admire les religieux : leurs gestes calmes, leurs grandes robes blanches, la douceur de leur regard. Il est fier aussi, car, il le sait depuis toujours, quand il sera grand, lui aussi entrera au monastère et sera moine. Mais parviendra-t-il à plonger dans le silence exigé par l’ordre ? Pourra-t-il renoncer aux histoires que lui racontent les galets au bord des chemins ?

C’est un long parcours qu’il entame en ce petit matin sur les chemins de la Silve …

Sur les chemins de la Silve (extrait à écouter les yeux fermés)

Les amours de l’ondine du Gorgeat

lieu : La Buisse (confidentiel, propriété privée)

d’après Laurence Pinzetta et Sandrine Stablo

Depuis près de 400 ans, une famille habite une belle demeure dans une vaste propriété arborée. D’autres, avant eux, ont déjà occupé les lieux.

C’est en 1872 que Gabrielle vient pour la première fois au domaine de La Buisse ; au bras de son fiancé, le futur propriétaire des lieux, elle goûte avec délices la fraîcheur du jardin. La jeune femme tombe aussitôt sous le charme des étangs qui s’allongent à l’ombre des arbres, elle s’amuse à remonter le cours de la rivière qui glisse le long de la colline.

Ce jour-là, Gabrielle ne sait pas encore que ces eaux enchanteresses abritent une étrange jeune femme. L’ondine à la voix douce chante au bord du ruisseau mais reste cachée entre la brume et le sous-bois. Pourtant, un soir, lorsque Gabrielle trouve une curieuse pierre verte au fond de l’eau, l’ondine s’approche et raconte à la jeune femme l’histoire de ce joli caillou.

Les amours de l'ondine du Gorgeat (extrait à écouter les yeux fermés)

A vous de rêver !
Les auteurs n’ont pas souhaité rédiger l’intégralité des conte-histoire, pour conserver la tradition orale du récit. Inspirez-vous de ces introductions, rendez-vous sur les lieux, et écrivez votre propre suite à ces histoires. Envoyez-nous ensuite vos textes ou vos dessins pour qu’ils intègrent la mémoire des paysages du Pays Voironnais.